• Estelle Barthélemy

Diversité, un enjeu de société

Dernière mise à jour : 29 mars

Avez-vous eu connaissance de l’enquête menée par le Groupe IFOP pour MakeMyCV ? Parue le 21 mars 2022 à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale, elle révèle les chiffres ahurissants liés aux discriminations. Que cela soit dans la recherche d’un emploi ou d’un logement, les critères d’origine géographique, ethnique ou de religion sont majoritaires. En cette période pré-électorale, il nous semble important de partager autour du sujet de l’inclusion.



Quand la diversité et l'inclusion en entreprise se retrouvent autour de la table.
L'inclusion, dans la société et en entreprise, est vecteur de créativité, de bien-être et du bien-vivre ensemble.


Egalité des chances et valorisation des différences, utopie ou réalité ?


Cette réalité est présente mais n’est pas encore la norme. Elle tend à se faire connaître. Elle initie des prises de position. Les réflexions et les langues se délient au fil des prises de conscience. Pour autant, loin de la théorie et des vœux pieux, il y a la réalité du terrain.


Cependant, dans une trop grande majorité des entreprises, cette notion de diversité reste encore un concept mal compris.


Faisons un exercice très simple. Fermez les yeux et pensez à cette petite mise en situation :

  • Imaginez-vous dans la peau d’un candidat participant au jeu Motus,

  • Dans une sphère transparente, tournent les mots et expressions :

  • diversité,

  • inclusion,

  • lutte contre les discriminations,

  • égalité des chances,

  • valorisation des différences.

  • Tirez-en un au hasard.

Et maintenant, supposez que vous deviez définir clairement ce mot, cette expression. Cela n'est pas évident n’est-ce pas ?


Sauriez-vous l'expliquer, voire l’expliciter ? Seriez-vous capable de le défendre ? Auriez-vous la capacité à “le mettre en musique” dans votre organisation ? De l’organiser concrètement pour en faire une réalité ?


Que vous soyez manager, recruteur, dirigeant ou simple collaborateur, ces questions vous concernent. Elles impliquent toutes les strates d’une entreprise quelle qu’elle soit !



Les études et les remontées terrain nous permettent de nous rendre compte du chemin parcouru, de celui qu'il reste à parcourir.
Laissons-nous la chance d'y voir plus clair.


Un questionnement de plus de 20 ans


Les années 2000 voient un sursaut de la France en matière de lutte contre les discriminations. La directive 2000/78/CE paraît le 27 novembre 2000. Elle pose un cadre juridique. De nombreuses formations, sensibilisations et campagnes de communication sont menées afin d’éradiquer les délits de faciès.


Plus de 20 ans plus tard, on pourrait penser que tous les recruteurs ont été formés sur ces sujets. On pourrait croire que la maîtrise des biais inconscients induisant la discrimination n’est plus un sujet. Et pourtant, il n’en est rien ! Ces discriminations se faufilent et ne disent pas leur nom. Elles évoluent sournoisement dans toutes les facettes d'une vie de citoyen, et surtout au travail.


Les années passent et pourtant ! En 2022 comme en 1999, si :

  • vous êtes né dans un quartier,

  • votre nom ne rappelle un bucolique endroit : du pont, des champs, des bois, du banc, ou un métier : Fabre, Marchand, Forge, etc…

  • vos parents ou grands-parents sont nés loin de la Beauce,

et que vous recherchez un poste tout se complique.


Totem maudit de Koh-Lanta

Si en plus vous êtes une femme, vous avez gagné le pompon ! Mais ce n'est pas celui espéré. Vous partez avec une pénalité, pire que le totem maudit dans le dernier Koh-Lanta ! ça se corse, pas le département – les difficultés.





Rappel : Les jeunes filles et femmes sont meilleures en classe que leurs homologues masculins. Plus studieuses et plus impliquées dans leurs études, elles obtiennent des notes supérieures. Elles sont pourtant discriminées.


Enfin, si vous êtes porteu.se.eur d’un handicap et bien, trouver un job revient à escalader l’Himalaya en Louboutin. En gardant le sourire bien sûr…


Rappel : Potentiellement la moitié d’entre-nous sera un jour en situation de handicap, temporaire ou définitive. Que ce soit à cause d'accidents de la vie ou de maladie, personne n’est à l’abri.


Être ensemble et trinquer à la diversité qui est une immense richesse.
Jeunisme, grosso-phobie, d'autres formes de discriminations à ne pas sous-estimer.

Dans notre pays, on existe socialement par le statut qu’un emploi procure. Alors, forcément, sans emploi, on devient presque invisible. Certains se marginalisent. Ils se retirent pour ne pas affronter la question : tu fais quoi dans la vie ?


D’autres, heureusement, se lancent dans l’entrepreneuriat et créent leurs propres emplois !



La croissance, mais pas pour tous


Avec une croissance à + 4 % et un taux de chômage historiquement bas, le marché de l’emploi est en pleine effervescence. Les recrutements sont nombreux. Pourtant certaines portes restent fermées.


Effectivement, c’est intéressant de constater par testings l’ampleur des discriminations. Mais, cependant, souvent on s’arrête-là. Aucune sanction n'est prise, aucune action concrète n’est engagée.


Alors, une fois le constat fait que fait-on ? On en reste là ou on agit ?


On peut se poser la question : Qu’est-ce qui cloche encore dans notre beau pays ? Pourquoi certain.e.s se font encore refouler de :

  • bureaux d’études,

  • call-centers,

  • labos de recherche,

  • back office d’institutions financières,

  • d’entreprise de BTP,

  • de chaînes de parfumerie

  • et j’en passe.

Peu importe qu’ils aient des masters, voire des doubles masters. Peu importe qu’ils aient effectué des stages dans plusieurs pays, et donc un pratique de plusieurs langues étrangères. Peu importe encore qu’ils aient cette fameuse « agilité » tellement demandée. Celle-là même qui, d’ailleurs, est inscrite dans l’ADN de nombreuses.eux candidat.e.s aux parcours justement « atypiques ». Ces parcours qui sont non linéaires.


Ces pépites font leur révolution. Certaines choisissent la création d’entreprise. Il en faut du courage pour se lancer lorsqu'on sait que statistiquement les banquiers vous feront moins confiance en raison de votre nom ou de votre origine.


A force de courage, d’abnégation et de pugnacité, ces entrepreneur.e.s endossent le costume de rôle modèle. Ces créations d’entreprise sont souvent accompagnées par des structures telles que Positive Planet France. Elles permettent de pallier le manque de réseau et le manque de connaissance d’un parcours de créateur.


Des gens de plus en plus en phase avec les valeurs de sororité, diversité et d'inclusion.
La diversité a de l'éclat !


De l’espoir et de l’innovation


Des chercheurs ont pris le sujet en main. Ils nous éclairent sur différents aspects de ce problème à la fois sociologique et économique. Souvenez-vous par exemple de l’ouvrage de Chantal Jaquet : Les transclasses ou la non-reproduction. A côté de cela, des acteurs de terrain, à la croisée des chemins, travaillent à l’intérêt général. Ils pilotent leurs actions dans le souci d’une efficience économique.


Ainsi, en France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. Et elles sont nombreuses. Ces sujets sont investis par de plus en plus d’associations. Des jeunes et moins jeunes, se regroupent et créent des programmes, événements, formations et accompagnements pour "faire la misère" aux opinions préconçues, pour en découdre avec les clichés!


Exemple :

  • Diversidays change la donne sur les métiers du numérique. Ce parcours agit concrètement pour la mise en lumière et l’accompagnement des porteurs de projet issus des quartiers et de la ruralité.

  • Mozaïk RH embarque des milliers de recruteurs dans des actions de recrutements inclusifs. On attend avec impatience la prochaine édition du sommet de l’inclusion.

Il faut frapper fort par des actions rassembleuses. Cette reprise économique doit bénéficier à tous, notamment les jeunes talents des quartiers.


Bienvenue à toutes les différences.
Stop aux préjugés quels qu'ils soient !

Le sujet est vaste, et par ailleurs, le cumul possible des discriminations en fait souvent un sujet complexe. Le nœud est ardu à démêler. Certaines organisations ont choisi un positionnement qui s’attaque à un sujet précis.


Sur le champ de l’emploi, une association comme Descodeuses fait rimer lutte contre les discriminations, accès à l’emploi qualifié dans le numérique et lutte contre le sexisme. Son but : apprendre à des femmes de quartiers, le développement web ou la cybersécurité. Le pari était osé. Il est réussi puisque 90 % des promos de femmes formées accèdent à un emploi durable. De plus, elles touchent en moyenne 2 200 € nets par mois.


Les organisations comme Empow’her ou encore Lallab imaginent des événements différents. Ils font mouche pour aider les femmes à proposer de nouveaux modèles de mobilisation et de sororité. On applaudit leur audace ! Même si elle n’est pas du goût de tout le monde...


Ne nous enflammons pas ! Le clap de fin des inégalités en France ce n’est pas pour tout de suite.


Le talent n'a pas d'âge ni de couleur
Des talents à revendre


Encore du chemin à parcourir


L’économie sociale et solidaire (ESS) est un terrain propice pour faire vivre l’inclusion. Elle peut être un secteur d’expérimentation précurseur. Elle peut montrer la voie. Pourtant, l’ESS est encore loin d’être exemplaire sur le sujet. Il reste encore beaucoup à faire. Le "diversity washing" a fait son temps. Les entreprises se préoccupent de diversifier leurs troupes. Pour ce faire, elles ont compris que se faire accompagner était gage de résultats concrets.


Voici quelques pistes de travail, il faut :

  • faire vivre le contexte de non-discrimination. Tout process RH, de la rédaction de la fiche de poste à l’intégration de nouveaux collaborateurs, doit être recalibré.

  • recourir à l’élargissement de la diffusion des opportunités d’emploi auprès d’opérateurs spécialisés. Notamment, il faut recruter des personnes qui ont pu passer par le sas de l’insertion.

  • intégrer les conseils en manière de management. Du principe d’inclusion, au quotidien, mais également d’un point de vue stratégique, les savoirs être et la motivation doivent être valorisés, au-delà d’un cursus et d’un nom d’école.

  • valoriser la diversité des équipes durant les temps d’échange et de team-building.


Les solutions existent, les énergies aussi. Ensemble prenons les rênes pour que dans 20 ans nous n’ayons plus des chiffres aussi affligeants ! Inventons le monde de demain.


Unis contre les inégalités.
Ensemble on est plus fort, vive la diversité ! Stop à l’obscurantisme !

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